En résidence au Conservatoire de musique de Montréal, le Trio Hochelaga présentait, vendredi soir, le troisième spectacle de sa saison 2014-2015. Ce concert de la série « Par grands vents » était intitulé « Foehn ». Le Trio y interprétait des œuvres de Ludwig van Beethoven, Johannes Brahms et Robert Schumann. La violoniste Anne Robert, la violoncelliste Chloé Dominguez et le pianiste Charles Richard-Hamelin ont été rejoints par l’altiste Frédéric Lambert et la violoniste Marjolaine Lambert à la toute fin de ce magnifique spectacle.

Le concert débutait tout d’abord avec les Quatorze variations sur un thème original de Beethoven. Composées pour un trio pour piano et cordes, ces Variations auraient été terminées vers 1800. Elles n’ont pas grand-chose du côté héroïque qui caractérisera les œuvres prochaines de Beethoven, mais ont plutôt une allure classique. Le piano est très mozartien, tout en grâce et en équilibre. La pièce est joyeuse et relativement légère. Elle a été interprétée avec nuance et élégance par le Trio, malgré quelques imprécisions du violon.

Le Trio Hochelaga interprétait ensuite le Trio pour piano et cordes no. 3 de Brahms. Ce chef-d’œuvre (quoique un peu court, à environ 20 minutes) a été composé en 1886, alors que Brahms était âgé de 53 ans. Cette œuvre de la maturité du compositeur allemand a été interprétée de brillante manière par les trois instrumentistes. Le premier mouvement a été joué avec passion et engagement. Un superbe thème, expressif à souhait, est joué par le violon, alors que le piano ondoie. Le mouvement lent est d’une sublime beauté, embellie par la sonorité chaleureuse et lumineuse du violoncelle. Le jeu est alors retenu et très senti.

Frédéric et Marjolaine Lambert se joignaient donc au Trio Hochelaga pour interpréter le magnifique Quintette pour piano et cordes de Schumann. Composé en 1842, le Quintette accorde une très grande place (trop grande, diront certains) au piano : il est inactif durant seulement six mesures! Le jeu fluide et souvent lyrique du pianiste est remarquable tout au long de la pièce. Les deux nouveaux venus se joignent parfaitement au Trio et y vont de superbes contributions. L’altiste en particulier échange, au mouvement initial, un grand thème romantique avec la violoncelliste. La sonorité riche et expressive des musiciens durant le mouvement lent, sorte de marche funèbre, est à couper le souffle. Le déferlement de notes du Scherzo enchaîne sans pause vers un Finale grandiose, avec une immense fugue.

Seul ou avec deux instrumentistes en plus, le Trio Hochelaga nous a démontré une fois de plus sa grande musicalité et l’immense talent de ses musiciens. La cohésion du Trio est belle à voir; les regards complices ne mentent pas non plus. Ces trois superbes pièces ont pu nous réchauffer l’instant de ce spectacle. Par cette soirée de grand froid, la chaleur de ce foehn (vent chaud et sec que l’on retrouve dans certaines régions germaniques) a fait du bien!

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.