Après un succès éclatant lors de son passage à la Virée classique 2014, le pianiste polonais Rafał Blechacz était de retour avec l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), cette fois dans le Concerto pour piano no. 2 de Frédéric Chopin. Le concert de jeudi soir était dirigé par le chef anglais Bramwell Tovey. Deux autres pièces étaient aussi jouées, soit la Symphonie no. 4 de Robert Schumann et Cor et âme, une création mondiale d’une composition du Québécois Denis Gougeon.

Le Concerto de Chopin ouvrait le concert. Même s’il est numéroté comme étant le deuxième, ce Concerto a en fait été composé en premier, mais publié officiellement en deuxième. Cette pièce est une des rares excursions de Chopin dans la musique symphonique, et c’est également une œuvre de jeunesse que Chopin a écrite à l’âge de 20 ans seulement, en 1830. L’orchestration n’est évidemment pas la force de ce grand compositeur, même si on retrouve de superbes thèmes, souvent présentés par les bois et les cordes. Mais l’écriture pour piano est exceptionnelle, alors qu’on retrouve la marque de Chopin.

Blechacz connaît bien Chopin, c’est le moins qu’on puisse dire. Il a remporté le Concours international de piano Frédéric-Chopin en 2005, gagnant au passage les cinq premiers prix! Le pianiste de 30 ans est signé avec la prestigieuse maison de disque Deutsche Grammophon, sur laquelle il a fait paraître des enregistrements d’œuvres de Chopin, dont les Concertos pour pianos en 2009. L’interprétation du Concerto no. 2 lors du concert de jeudi était sublime. Blechacz a une technique parfaite et un jeu fluide et très nuancé. Les rapides arpèges du Finale sont impressionnants de virtuosité, alors que la finesse du deuxième mouvement est appropriée. Fidèle à son habitude, l’Orchestre joue très bien, et est dirigé avec aplomb.

L’OSM créait ensuite une œuvre concertante pour cor et orchestre intitulée Cor et âme. L’OSM avait commandé cette pièce au prolifique Denis Gougeon, lui qui a été compositeur en résidence de l’OSM de 1989 à 1991. D’une durée de près de 15 minutes, l’œuvre a été interprétée par le dédicataire, soit John Zirbel, le cor solo de l’OSM. Zirbel est un excellent musicien, et la partie soliste est extrêmement exigeante. Il a plusieurs cadences à exécuter, ce qu’il accomplit avec brio. La partie orchestrale est faite d’une musique impressionniste très évocatrice et imagée, presque de la musique de film. L’orchestration est riche et variée, avec même un piano et la harpe qu’on entend bien à plusieurs reprises. L’interprétation est juste et sentie, avec de nombreux thèmes rêveurs et parfois mélancoliques. Les cordes en particulier font un superbe travail.

Le concert se concluait avec la Symphonie no. 4 de Schumann, qui, comme le Concerto de Chopin, n’a pas été numéroté en fonction de sa date de composition. La Symphonie de Schumann est en effet sa première œuvre symphonique, en 1841, mais a été mise de côté et remaniée seulement une dizaine d’années plus tard. Ce chef-d’œuvre est épatant en raison de sa grande unité, alors que les thèmes principaux reviennent sans cesse, transformés et déconstruits. La direction très énergique du chef insuffle passion et vigueur à l’Orchestre, qui livre une excellente prestation. Le duo méditatif du hautbois et du violoncelle solo au deuxième mouvement est superbe, alors que le Scherzo est d’un dynamisme vivifiant. Contrasté et balancé, le Finale est interprété avec toutes les nuances nécessaires.

Partagé entre un jeune prodigue, deux chefs-d’œuvre et une œuvre en première mondiale, ce concert a été une grande réussite. Le chef d’orchestre, à 62 ans, a également participé à ce succès. Si plusieurs solistes invités ont un nom vendeur auprès du grand public, Rafał Blechacz, en revanche, est moins connu hors des cercles d’initiés. N’empêche, il est un grand pianiste destiné à une grande carrière. Son éclatant succès au Concours Frédéric-Chopin de 2005 n’était pas le fruit du hasard. En terminant, notons que cette compétition internationale se déroule en ce moment. Le Québécois Charles Richard-Hamelin, que j’avais eu la chance d’interviewer il y a deux semaines (à lire ici), vient de passer à la deuxième ronde de a compétition. À suivre!

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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.