Le blues en vedette au FESTIVAL DE JAZZ

Les photographies qui illustrent cet article ont été prises par Denis Alix.

Le Festival de Jazz de Montréal avait eu la bonne idée d’unir trois légendes du blues en ce samedi soir. James Cotton, John Mayall et Taj Mahal devaient se succéder sur la scène de la Salle Wilfrid-Pelletier. Le dernier des trois, le plus jeune, à 73 ans, a toutefois dû annuler sa présence. Pour le remplacer, le Festival a fait appel à un plus jeune Harry Manx, 60 ans, qui a apporté une touche bien particulière à cette intense soirée de blues.

James Cotton s’exécutait en premier. Avant de monter sur scène, il a reçu, des mains d’Alain Simard et d’André Ménard, le Prix B.B. King, devenant le deuxième récipiendaire de ce Prix créé en 2014 (le premier a été… B.B. King!). Honoré de ce Prix, Cotton s’est mérité la première de plusieurs ovations debout. Il s’est ensuite amené sur scène et nous a montré pourquoi il a une carrière longue de près de 70 ans. Cotton, qui a joué entre autres avec Howlin’ Wolf et Muddy Waters (c’est lui qui a remplacé nul autre que Little Walter dans son groupe), est un harmoniciste hors pair. Sa technique est pratiquement parfaite : il fait hurler son harmonica comme on a rarement entendu. Malgré son âge (il aura 80 ans le 1er juillet), il a encore beaucoup de souffle et d’énergie. Sa voix est faible et il joue assis, mais il a une énergie communicatrice.

Il fallait le voir se taper sur la cuisse ou lever le bras pour agiter l’index en signe d’approbation devant l’excellente prestation des musiciens de son groupe. On aurait dit un gamin qui en était à ses débuts, lui qui semblait toujours autant captivé par la musique qu’il a découvert lors de son enfance au Mississippi et qu’il a plus tard aidé à perfectionner – qu’on appelle aujourd’hui le blues de Chicago. Il nous a servi plusieurs classiques du blues, dont Honest I Do, Rocket 88 et Got My Mojo Working (Cotton a d’ailleurs enregistré cette pièce avec Muddy Waters en 1956). Le jump blues irrésistible de ce dernier morceau a d’ailleurs fait monter d’un cran l’enthousiasme de la foule, visiblement ébahie par le talent hors du commun de l’harmoniciste.

C’est John Mayall qui avait le rôle ingrat de succéder à James Cotton. Mayall arrive sur scène en courant, faisant fi de ses 81 ans! Greg Rzab, son bassiste qui est un fier résident de Chicago, nargue la foule en exhibant un peu trop longtemps un chandail avec le logo des Blackhawks… Des problèmes de son, en lien avec les amplificateurs, surviennent toutefois lors des premières chansons. Mayall et ses trois musiciens restent professionnels malgré tout, et les ennuis se règlent finalement. Tant mieux pour nous, parce que Mayall donne tout un spectacle. Il alterne entre l’harmonica, le piano, la guitare et le chant. Il a d’ailleurs toujours une très bonne voix et livre de belle manière des versions intenses de Parchment Farm et Long Gone Midnight. Une version épique et mémorable de Stormy Monday est l’occasion d’un excellent solo de son guitariste Rocky Athas. Même si le blues de Mayall est un peu plus lisse que celui de Cotton, on a droit à du grand art.

Il revenait donc au Canadien Harry Manx de clore ce programme triple. Muni d’un impressionnant arsenal de guitares, dont sa Mohan Veena à 20 cordes, Manx a étalé tout son talent de guitariste. S’exécutant la plupart du temps sur une guitare acoustique à six cordes qu’il appuie sur ses genoux, il joue en slide dans sa manière bien à lui, c’est-à-dire en y intégrant de brillante manière du fingerpicking. La musique de Manx est clairement ancrée dans le blues, comme en font foi ses reprises des standards Can’t Be Satisfied et Baby Please Don’t Go. On retrouve également des éléments de jazz et de folk-rock, avec un orgue aux accents qui sont même parfois soul. Sa reprise de Tijuana, de JJ Cale, est superbe, et sa version de Summertime, qu’on retrouve sur son nouvel album « 20 Strings and The Truth », est aussi très réussie.

Venant après les charges de blues électrique de James Cotton et de John Mayall, les chansons très décontractées et principalement acoustiques d’Harry Manx détonnaient toutefois quelque peu. On peut présumer que les organisateurs du Festival ont été pris de court par le retrait de Taj Mahal, mais il n’en demeure pas moins que l’ambiance des chansons d’Harry Manx s’enchaînait plutôt mal avec les deux premiers artistes. Après plus de deux heures de blues, ses chansons hypnotiques, quoique très bonnes, étaient donc plus difficiles à apprécier. Malgré tout, on a eu droit à un spectacle éblouissant, avec le blues toujours en vedette.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.