Hier soir à la Salle Bourgie, le pianiste québécois Maxim Bernard présentait un récital de piano commémorant les 100 ans de la Première Guerre Mondiale. Au programme, il n’y avait donc que des œuvres composées de 1914 à 1918, soit durant les quatre années qu’a duré cette infâme Guerre. Au début d’une tournée canadienne qui le mènera en Colombie-Britannique dans deux semaines, le pianiste natif de Québec jouait des œuvres de Bartók, Fauré, Hindemith, Medtner, Nielsen, Rachmaninov, Ravel et Scriabine.

Maxim Bernard débutait le concert avec une composition du Russe Sergueï Rachmaninov, soit l’éblouissante Étude-tableau no. 1 de l’opus 39, Allegro agitato, terminée en 1917. Bernard a offert une interprétation vivante de cette pièce aux allures guerrières. Un peu plus tard, il jouera magistralement la troisième Étude-tableau de l’opus 39. Bernard a ensuite interprété le Nocturne no. 12 du compositeur français Gabriel Fauré. Écrite en 1915, cette œuvre est très expressive, et construite afin de faire monter la tension dramatique. Le pianiste reproduit bien la tourmente avec un jeu tout en nuances. Les courtes Six danses populaires roumaines du Hongrois Béla Bartók sont dansantes et bâties en un crescendo dynamique et animé. Il y avait également au programme deux pièces du compositeur russe Nikolaï Medtner, soit la Marche funèbre et un Skazki (un conte). La première était de circonstance avec le concept du spectacle , avec un jeu retenu et approprié, alors que la deuxième était très expressive, la main gauche étant constamment en mouvement.

Maxim Bernard a joué ensuite six des 14 brèves pièces de la composition intitulée En une nuit: Rêves et expériences vécues, de l’Allemand Paul Hindemith. Deux du groupe étaient lentes et plutôt sombres, alors que les quatre autres étaient rapides et animées. Un des derniers chef-d’œuvre du Russe Alexandre Scriabine était ensuite au programme, avec la magnifique Vers la flamme (composée en 1914, soit un an avant sa mort). Le début est méditatif, puis la pièce s’agite peu à peu et devient extrêmement exigeante pour l’interprète. La fin mouvementée est très bien négociée par le pianiste. Composée en 1916, la Chaconne du Danois Carl Nielsen était ensuite jouée. Autant baroque que moderne, cette pièce est très mélodique et somme toute légère. Bernard apporte de belles variations d’intensité et une bonne dose d’expressivité dans son jeu.

L’œuvre la plus longue du spectacle était Le Tombeau de Couperin, écrite entre 1914 et 1917 par le Français Maurice Ravel (Bernard n’a malheureusement pas joué la deuxième section, Fugue). Il s’agit aussi d’une composition très liée à la Première Guerre. Ravel a en effet dédié chacune des six parties du Tombeau à des amis décédés durant les combats. Il rend par ailleurs hommage à François Couperin, grand compositeur de l’époque baroque du début du 18e siècle. La première pièce est un Prélude d’une grande virtuosité. La troisième partie de la suite est intitulée Forlane et est plutôt nonchalante, comme une berceuse à l’ambiance presque jazzy. Suit un Rigaudon très joyeux, entrecoupé d’un interlude nostalgique. Sûrement la plus baroque des six pièces, le Menuet est très gracieux. La Toccata clôt d’une manière très énergique et tout en virtuosité la dernière œuvre pour piano seul de Ravel. Le pianiste y est tout du long engagé et rend bien chacune des sections du Tombeau, avec les particularités qui leur sont propres. En rappel, Bernard a interprété Litanie pour le jour des morts, une pièce légère et gracieuse de Franz Schubert.

Ce court spectacle (auquel ont malheureusement assisté peu de spectateurs) s’inscrivait en parfaite continuité avec la superbe exposition en cours au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Les pièces au programme ont été interprétées avec brio par ce jeune pianiste doctorant de l’Université d’Indiana. Le choix des œuvres jouées était judicieux : les pièces tourmentées du début du spectacle contrastaient avec les deux dernières compositions, d’inspiration baroque. Devant les atrocités de la Guerre, les compositeurs ont certainement senti le besoin de retourner à un passé idéalisé afin de fuir un présent accablant. On peut les comprendre.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.