L’Orchestre de chambre de Montréal (OCM) présentait le deuxième concert de sa saison 2014-2015 hier soir à la Salle Bourgie. Menée par sa directrice artistique et fondatrice Wanda Kaluzny, l’OCM recevait le flûtiste italien Marco Salvio. Ce dernier interprétait le Concerto pour flûte de Jacques Ibert. Pour compléter le programme, l’Orchestre fondé en 1974 jouait des œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart, Friedrich Witt, Marjan Mozetich et Johann Sebastian Bach.

Étudiant à la Haute école de musique de Genève, Marco Salvio se produisait en Amérique du Nord pour la première fois. Pour l’occasion, il se produisait dans l’exigeant Concerto du Français Jacques Ibert, composé en 1934. Avec beaucoup d’endurance et d’aplomb, Salvio a interprété cette œuvre de mémoire. Même s’il était quelques fois enterré par les 32 musiciens de l’Orchestre, sa sonorité portait jusqu’au balcon de la Salle Bourgie. Son jeu était très fluide dans le premier mouvement et expressif et mélancolique dans le deuxième. Le finale était tout simplement ahurissant, avec un intense déploiement de virtuosité, notamment lors de deux courtes cadences. L’OCM et sa chef ont eu une belle coordination avec le soliste et l’ont appuyé de manière convaincante.

L’Ouverture des Noces de Figaro était présentée en début de concert. Composée en 1786, cette très courte pièce qui ouvre l’un des plus populaires opéras de Mozart a été interprétée de manière passionnée par l’OCM, avec la direction précise et efficace de Maestra Kaluzny. L’OCM interprétait aussi Steps To Ecstasy, du compositeur canadien d’origine slovène Marjan Mozetich. D’inspiration baroque, cette pièce d’une dizaine de minutes a été composée en 2001. Une séduisante et envoûtante mélodie apparaît au début, et reviendra plus tard durant le finale. La répétition de ce thème crée un effet physique intense, complètement hypnotisant. La section centrale est magnifique, avec le violon-solo et la flûte qui ondoient de manière sinueuse. Le jeu de l’Orchestre est tour à tour gracieux et énergique.

L’OCM s’attaquait plus tard à la Symphonie Iéna, de Friedrich Witt. La particularité de cette œuvre est qu’elle a été longtemps attribuée à Beethoven, lorsqu’elle a été découverte en 1909 dans la ville allemande de Iéna. Ce n’est qu’une cinquantaine d’années plus tard qu’un musicologue a contesté ce fait et a plutôt avancé que Witt, un contemporain de Beethoven, l’avait composée. On se souviendra peut-être plus de cette œuvre pour cette histoire que pour la musique comme telle. C’est une pièce dans le style classique, à la Haydn, intéressante mais pas mémorable. Certains passages sont tout de même captivants, dont le superbe Menuetto et le Finale qui contient un thème très entraînant. L’interprétation est efficace et la chef réussit à bien faire entendre la mince section de violons.

En conclusion, l’OCM interprétait le Concerto brandebourgeois no. 3 de Bach. Ce dernier a composé six concertos selon la commande de Christian Ludwig, margrave de Brandebourg. Terminés en 1721, ces concertos forment un impressionnant groupe d’œuvres riches et diversifiées. Le troisième était joué hier. Il s’agit du plus court, et il comprend seulement des cordes et du clavecin. Les 19 musiciens sur scène ont offert de cette œuvre exaltante une interprétation vivante et animée. La cadence du clavecin au très court deuxième mouvement a été parfaite, et le finale s’est déroulé à vive allure.

On a donc eu droit à un très bon concert avec l’Orchestre de chambre de Montréal. C’était la première fois que j’avais l’occasion d’entendre cet Orchestre au format réduit, et je n’ai pas été déçu. Le cadre intimiste de la Salle Bourgie sert bien l’OCM. Ce dernier est reconnu pour faire découvrir aux mélomanes un répertoire moins connu : c’était le cas hier pour certaines des œuvres au programme. Le choix des solistes est aussi audacieux, en présentant des virtuoses qui sont inconnus au Québec (cela explique peut-être les nombreux bancs vides). Wanda Kaluzny mène cet Orchestre de brillante façon depuis maintenant 40 ans. Impressionnant!

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.