« You didn’t know what to expect, but you’re here », a fini par dire, comme s’il était étonné, Murray Lightburn. Le groupe dont il est le leader, The Dears, cassait les chansons de son nouvel album, « Times Infinity, Vol. 1 » (un deuxième volume paraîtra au début de l’année prochaine), au cours du spectacle de lancement, qui avait lieu vendredi soir dans un Centre Phi rempli à pleine capacité. Autant il pouvait être surpris par notre présence, autant il est vrai qu’on ne savait pas trop à quoi s’attendre avec ce spectacle. Mais on n’a pas été déçus, au contraire.

C’était la quatrième fois que je voyais The Dears en spectacle, et chaque fois, le groupe nous amène où on ne s’y attend pas tellement. Je les ai vus à l’Église St-James, en février 2009, et c’était magique. En septembre 2010, la formation montréalaise avait testé toutes les pièces de son album à paraître en février suivant (« Degeneration Street ») dans un sous-sol d’église du Mile-End! L’autre fois, au Festival de Jazz de 2011, c’était plus conventionnel, mais tout aussi bon, dans un Club Soda bien réchauffé. (J’avais aussi vu le déroutant « Mass: Light, An Electronic Pop Opera », projet solo de Murray Lightburn, au Pop Montréal de 2013.)

Cette fois, c’était au Centre Phi, salle plutôt énigmatique en plein cœur du Vieux-Montréal, que je visitais pour la première fois. La salle est remplie, l’ambiance électrique et survoltée est digne d’un lancement. On s’attend évidemment à ce que le groupe joue son nouvel album, sûrement au complet, puisqu’il sort la journée même. Les trois premières pièces sont en effet des nouveautés, dont la première est jouée avec seulement la superbe voix de Murray et un quatuor à cordes, perché au minuscule balcon de la salle. La foule écoute dans un silence admiratif.

Alors qu’on pensait découvrir le nouvel album sur scène, tous ensemble, The Dears enchaînent plus tard avec Who Are You, Defenders Of The Universe, tirée du deuxième album, « No Cities Left », et avec 5 Chords, de « Degeneration Street ». Ces deux excellents morceaux nous indiquent que ce sera donc un spectacle « normal », plutôt qu’un concert de lancement.  On est surpris, mais on ne s’en plaindra pas! Le quintette nous offre également une interprétation explosive et sentie de la désormais classique Death Or Life We Want You.

The Dears alterne donc entre des nouveautés et d’autres pièces de son catalogue bien garni. Et comme à son habitude, le groupe joue fort, très fort. Tellement fort, en fait, que les cordes, qui jouent avec le groupe sur plusieurs morceaux, sont complètement inaudibles. C’en est presque gênant pour ces musiciens. On les entend un peu mieux à un certain moment, alors qu’un saxophoniste se joint aussi. Natalia Yanchak, la claviériste du groupe et femme de Murray, fait la voix principale sur une pièce vers la fin du spectacle. C’est toutefois peu convaincant : sa voix manque de tonus, surtout en comparaison avec la voix riche et puissante de son mari, qui couvre un très large registre.

Au rappel, Murray Lightburn est revenu seul sur scène et nous a livré un long monologue, question de nous rappeler que son groupe fête ses 20 ans d’existence cette année. Il rigole bien sur scène, lui qui avait peu parlé jusqu’à ce moment. Il devient émotif lorsqu’il raconte l’histoire de la chanson qu’il s’apprête à interpréter, l’excellente The Second Part. On dirait que c’est à ce moment qu’il réalise tout le chemin parcouru depuis deux décennies. Il n’est peut-être pas tellement plus riche aujourd’hui qu’à l’époque, mais il semblait heureux en ce vendredi soir, à jouer les chansons de son groupe et à nous surprendre, encore une fois.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.