De retour d’une tournée en Asie, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) présentait hier soir, à la Maison symphonique, la deuxième représentation d’un programme qui comprenait une œuvre malheureusement rarement jouée en spectacle. Avec pour soliste Christian Tetzlaff, le Concerto pour violon no. 1 du compositeur polonais Karol Szymanowski était joué, accompagné de deux populaires œuvres russes, c’est-à-dire les Danses Symphoniques, de Sergueï Rachmaninov, et Une nuit sur le Mont Chauve, de Modeste Moussorgski. Pour l’occasion, le jeune chef d’orchestre slovaque Juraj Valčuha dirigeait pour une première fois les musiciens de l’OSM.

Considéré comme l’un des plus grands compositeurs polonais (avec Chopin, évidemment), Karol Szymanowski a composé son Concerto pour violon no. 1 en 1916, dans une période où il était influencé par Debussy, Ravel , Scriabine et Stravinski. Inspiré également par le poème La Nuit de Mai, de Tadeusz Miciński, cette œuvre est plutôt atypique pour un concerto, dans la mesure où elle se décline en un seul mouvement fortement contrasté d’environ 25 minutes et exige un imposant orchestre (comprenant notamment un piano, un célesta et deux harpes). Cette pièce est tour à tour légère, scintillante et mystérieuse. Szymanowski va chercher de magnifiques sonorités orchestrales, très mélodiques et expressives. Le soliste joue le plus souvent dans l’aigu et dialogue à plusieurs reprises avec l’Orchestre. Le jeu de ce dernier est splendide et Christian Tetzlaff offre une interprétation passionnée, très expressive par moments, avec un vibrato puissant et une sonorité riche et précise. Dans la dernière partie, une courte cadence nous a démontré tout le talent de Tetzlaff, des notes les plus aiguës aux accords les plus dissonants. Son jeu fluide se prêtait parfaitement à l’inventivité de la partition.

Écrites en 1940, les Danses symphoniques constituent la dernière composition de Rachmaninov (comme Szymanowski, il fait appel à un piano, mais aussi à un saxophone contralto!). Alors âgé de 67 ans, le Russe, transplanté aux États-Unis depuis la Révolution de 1917, n’avait rien perdu de ses talents mélodiques. Le premier mouvement débute avec un entraînant motif développé aux vents, puis joué plus tard par tout l’Orchestre. La section centrale déploie un thème fortement expressif, nostalgique et mélancolique interprété par le saxophone et les bois. Digne d’une musique de film grandiose, une belle mélodie romantique est jouée aux cordes. Le deuxième mouvement est une valse, introduite par des accords dissonants des cuivres. Le talent de la section des bois de l’OSM est ensuite encore mis de l’avant. L’ultime mouvement se termine dans un vaste tutti orchestral où les percussions dominent. Le jeu de l’Orchestre est brillant et la direction du jeune chef est efficace.

En début de concert, l’OSM a interprété un court poème symphonique de Modeste Moussorgski, le célèbre Une nuit sur le Mont Chauve (Philippe B en a même intégré un extrait dans une de ses récentes compositions). Terminée en 1867, cette œuvre a été révisée en 1886, cinq ans après la mort de Moussorgski, par son ami Nikolaï Rimski-Korsakov. Ce dernier avait cru déceler des faiblesses dans la partition originale et l’a donc fortement retravaillée (publiée seulement en 1968, la version de Moussorgski est peu jouée). Inspirée d’une nouvelle de Nikolaï Gogol, la pièce décrit de manière énergique le sabbat des sorcières durant la nuit de la Saint-Jean. Dès le départ, une immense tension dramatique cohabite avec une brillante espièglerie. La dernière partie de l’œuvre est cependant très sereine et mélodique. Le jeu de l’Orchestre est très bien nuancé, tapageur dans la première partie et tout en douceur pour conclure.

Bien qu’intitulé « Moussorgski et Rachmaninov », ce spectacle a été dominé par la grandiose prestation du soliste de la soirée. Moussorgski et Rachmaninov sont certainement plus connus (et plus vendeurs!), mais le Concerto de Szymanowski s’est révélé être une très belle surprise. De passage à Montréal pour la troisième fois, Christian Tetzlaff a livré une performance magistrale d’une œuvre exigeante et pour les exécutants et pour les auditeurs. Emporté par les prouesses de Tetzlaff, on ne pouvait qu’être transporté dans cette œuvre particulière.

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Benoit Bergeron
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d'heures d'écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.