C’est mercredi, à la Salle Bourgie, qu’était présenté un concert regroupant des jeunes artistes et des professionnels aguerris. Cette série de la Salle Bourgie se nomme « Jeunes et pros » et permet donc à des musiciens encore étudiants ou fraîchement diplômés de jouer avec des musiciens d’expérience (et souvent de réputation internationale). C’est dans ce cadre qu’un groupe d’instrumentistes interprétait des œuvres de Maurice Ravel, de Ludwig van Beethoven et d’Arnold Schoenberg.

La première pièce au programme était le Trio à cordes no. 4 de Beethoven. Œuvre de jeunesse, ce Trio était interprété par le violoniste Alex Strauss, professeur à l’Université McGill, l’altiste Catherine Gray, étudiante à l’Université de Yale, et le violoncelliste Matt Haimovitz, également professeur à McGill. Terminée en 1798, cette pièce a un caractère somme toute léger et enjoué. Les trois musiciens l’ont rendue avec brio, de manière juste et précise. Le deuxième mouvement en particulier, noté Andante quasi allegretto, est extrêmement beau. Une sublime mélodie du violon est jouée avec un efficace accompagnement des deux autres instruments. Le finale, Rondo-Allegro, est très entraînant, avec le violoniste qui nous montre toute l’étendue de son talent.

Le violoniste Ewald Cheung (élève à McGill et sujet d’un documentaire de l’ONF sur les enfants prodiges) , le violoncelliste Peter Wiley (jadis membre des réputés Trio Beaux-Arts et Quatuor Guarneri, et maintenant enseignant entre autres au Curtis Institute of Music) et la pianiste Alexandra Gorlin-Crenshaw (étudiante au Conservatoire de Musique de Montréal de 2010 à 2013) unissaient leurs forces pour interpréter le Trio pour piano et cordes de Ravel. Ce chef-d’œuvre, terminé en 1914, a été joué de manière éclatante par ce trio assemblé pour l’occasion. Les deux jeunes musiciens n’ont pas semblé intimider par le fait de partager la scène avec un artiste de réputation internationale comme Wiley. La pianiste avait un jeu particulièrement fluide, notamment dans le deuxième mouvement, un dansant scherzo. Le violoniste a aussi très bien joué, avec une interprétation sentie au troisième mouvement. Le finale a été ensuite tout simplement éblouissant.

Professeur à McGill, l’altiste Douglas McNabney se joignait finalement à cinq des six musiciens pour interpréter le sextuor à cordes de Schoenberg, ayant pour titre La nuit transfigurée (Verklärke Nacht en allemand). Composée en 1899, alors que Schoenberg avait 25 ans, cette œuvre prend son nom et sa trame narrative d’un poème du même nom, écrit par Richard Dehmel. Le texte parle d’un homme et de sa femme en promenade, puis la femme lui avoue être enceinte d’un autre homme. Schoenberg a donc voulu faire un commentaire sur les sentiments exprimés. Informellement divisée en cinq sections mais constituée d’un seul mouvement qui se joue sans interruption, cette pièce est très donc très contrastée, passant d’une ambiance intrigante à des moments plus rêveurs et paisibles. Il y a également de superbes passages lyriques et grandement mélodiques, que s’échangent violons, altos et violoncelles. Le sextuor a joué de brillante manière cette œuvre complexe qui se veut exigeante et qui demande une grande concentration.

Les trois jeunes instrumentistes qui se sont joints à quatre artistes expérimentés ont donc pu se familiariser davantage avec la vie de musicien professionnel. Ce bagage d’expérience que leur offre ainsi la Salle Bourgie est essentiel pour la poursuite de leur carrière musicale. Et pour les spectateurs, cette série de spectacles est une occasion pour découvrir l’élite musicale de demain.

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Benoit Bergeron
Blogueur - RREVERB
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Curieux de nature, Benoit est un boulimique musical qui consomme de presque tous les genres. Du punk au classique, en passant par le folk, le psychédélique et le rockabilly, il sait apprécier les subtilités propres à chacun de ces courants musicaux. À travers des centaines d’heures d’écoute et de lecture de biographies, il tente de découvrir les motivations et les secrets derrière les plus grands albums et les œuvres grandioses des derniers siècles. Il parcourt aussi les salles de spectacle de Montréal, à la recherche de vibrations directes.